LETIZIA LE FUR

Les Monstres et Parasites⎥Paris Photo⎥ 12 - 15 novembre 2026

Commissariat Claire Luna

Julie Caredda est heureuse de présenter Les Monstres, la quatrième exposition personnelle de Letizia Le Fur avec la galerie

Pour Paris Photo 2026, la Galerie Julie Caredda présente une exposition personnelle de Letizia Le Fur réunissant deux séries inédites, Les Monstres et Parasites. Toutes deux explorent le vivant comme espace d’une violence silencieuse, à la fois inquiétante et fascinante. Dans Les Monstres, l’artiste superpose et sature des images de végétation avant d’intervenir manuellement sur les tirages pigmentaires, laissant les encres se diffuser dans le papier. Dans Parasites, une plante parasite traverse littéralement l’image et en trouble la lisibilité. Dans les deux cas, ce qui envahit, obstrue ou se propage devient le sujet même de l’œuvre. En laissant agir le vivant ou la matière au cœur du processus photographique, ces œuvres interrogent notre rapport au vivant et aux formes contemporaines d’emprise, politiques, écologiques ou intimes, sans jamais renoncer à la beauté ni à l’étrangeté des formes qu’elles révèlent

Les monstres

“Depuis mes débuts, mes travaux explorent les champs de la représentation de la beauté, ainsi que le thème du motif. Avec Les monstres, je souhaite me confronter à un paradoxe : montrer la monstruosité inhérente à la nature végétale tout en la traitant de manière esthétiquement séduisante.

Face à une époque où la nature est glorifiée – à juste titre, en raison d'une prise de conscience écologique – et où les paysages “instagramables” valorisent une vision idéalisée et lissée du monde, je m'intéresse à l'aspect étrange, terrifiant, voire dérangeant de la nature. Mon objectif est d'exposer une nature brute et envahissante : arbres morts, plantes parasites, marécages et fleurs exubérantes. Ces éléments, souvent ignorés ou jugés repoussants, seront transformés par mon regard pour remplir le cadre jusqu'à saturation et devenir des compositions presque abstraites, proches du motif.

Cette approche me permet de questionner notre perception. À travers une harmonie visuelle fabriquée, j'invite à voir autrement ce que nous rejetons habituellement. À l'instar de Baudelaire, qui sublimait la laideur dans Les Fleurs du mal, je cherche à capter une tension entre fascination et inquiétude.

Loin d'une vision anthropocentrée ou paternaliste de la nature, je veux rappeler qu'elle n'est pas une fragile petite chose à protéger, mais une force qui nous dépasse et qui nous survivra. Ce projet ne relève pas du climato-scepticisme, bien au contraire : il questionne la manière dont nous percevons la nature et notre place en son sein. Nous la regardons souvent comme une entité à préserver, à façonner selon nos besoins et nos désirs, mais elle existe sans nous, elle prolifère, elle reprend ses droits, parfois avec une brutalité qui échappe à notre compréhension.

La nature a toujours été un refuge pour ceux qui voulaient fuir le monde : criminels, résistants, marginaux, ermites. Elle est un bouclier, mais aussi une matrice qui avale les hommes. Disparaître dans la forêt, s'enfoncer dans les marécages, être absorbé par le végétal… La nature engloutit autant qu'elle protège, elle recouvre, elle digère, elle efface.

Dans mon approche, le motif devient un outil central. En saturant le cadre, il évoque une nature incontrôlable, proliférante, presque infinie. Ce traitement me permet de brouiller les repères du spectateur : la nature est-elle ici terrifiante ou fascinante ? Ce qui semblait chaotique peut-il devenir harmonieux ? Et si la monstruosité était une autre forme de beauté, ou, au contraire, si l'esthétisation masquait une inquiétante vérité ?

Les monstres, en jouant sur l'abstraction et la manipulation des couleurs, interroge également la frontière entre le réel et l'artificiel.Ce projet, à la croisée de la contemplation esthétique et de la réflexion critique, pose une question essentielle : quel est notre véritable rapport à la nature ? En la glorifiant, en l'esthétisant, risquons-nous d'oublier qu'elle peut être chaotique, violente, et parfois monstrueuse ?Avec ce travail je m'applique à révéler cette dualité : une nature terrifiante mais sublime, où le monstrueux devient motif et où l'inquiétant se fait harmonie.”

Letizia Le Fur, 2025

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DRAWING NOW PARIS |26-29.03.2026